Le retournement, un nouveau départ pour l’entreprise

Échange avec M. Laurent Montet, manager de transition

Une entreprise en difficulté n’est pas nécessairement une entreprise sans avenir. Elle peut avoir perdu un marché, vu ses marges se dégrader ou sa trésorerie se tendre tout en conservant des clients, des compétences, des produits et de véritables atouts.

Pour Laurent Montet, manager de transition qui a lui-même connu des restructurations profondes et des procédures collectives, tout l’enjeu du retournement est là : comprendre rapidement ce qui ne fonctionne plus, préserver ce qui fait la valeur de l’entreprise et créer les conditions du rebond.

Regarder la situation telle qu’elle est

La première difficulté est souvent d’accepter que la situation a changé. Une baisse de marge peut sembler provisoire, une tension de trésorerie être considérée comme un simple décalage, la perte d’un client comme un accident. Mais leur accumulation peut révéler un problème plus profond.

Il faut alors regarder l’entreprise sans complaisance : quelles activités restent rentables ? Lesquelles consomment de la trésorerie ? Quels clients, produits et savoir-faire faut-il absolument préserver ?

Comme le résume Laurent Montet, il faut savoir « tirer les enseignements de la crise, mener le diagnostic, envisager les options possibles, arrêter les décisions ».

Faire des choix plutôt que couper partout

Laurent Montet se souvient notamment d’une entreprise confrontée à de fortes difficultés, dans laquelle plusieurs activités coexistaient avec des niveaux de rentabilité et des perspectives très différents.

Le travail de retournement n’a pas consisté à réduire uniformément les coûts. Il a fallu identifier les activités qui n’étaient plus stratégiques, organiser l’arrêt ou le transfert de certaines d’entre elles et, parallèlement, concentrer les moyens sur une activité qui disposait encore d’un véritable potentiel de développement.

Cette activité a alors été réorganisée, son fonctionnement revu et les ressources recentrées afin de lui permettre de repartir sur de meilleures bases.

Cet exemple résume bien la logique du retournement. Il ne s’agit pas de sauver tout ce qui existe, mais de savoir ce qu’il faut préserver, transformer ou parfois arrêter pour redonner une trajectoire à l’entreprise.

Gérer l’urgence sans sacrifier la suite

Lorsque le chiffre d’affaires chute fortement, tout se télescope. Il faut préserver la trésorerie, rassurer les équipes, maintenir la relation avec les clients et les fournisseurs et, dans le même temps, préparer la suite.

Les leviers peuvent être multiples : renégocier certains engagements, travailler le besoin en fonds de roulement, rechercher des financements, revoir l’organisation ou concentrer les ressources sur les marchés les plus prometteurs.

Mais derrière les chiffres, le facteur humain reste déterminant. Dans ces périodes d’incertitude, les collaborateurs observent les décisions prises et ont besoin de comprendre où va l’entreprise. Donner une direction et remettre les équipes en mouvement font pleinement partie du retournement.

Repartir différemment

C’est peut-être là qu’il faut changer notre regard. Réussir un retournement ne signifie pas nécessairement retrouver l’entreprise telle qu’elle était avant la crise.

Elle peut en sortir avec moins d’activités, mais des activités plus solides. Avec une organisation différente, mais plus efficace. Avec de nouvelles priorités et une meilleure maîtrise de sa trésorerie.

La crise oblige parfois à prendre des décisions qui avaient été repoussées depuis des années. Elle peut ainsi devenir le moment où l’entreprise redéfinit son modèle et retrouve une trajectoire.

Changer de regard sur le retournement, c’est ne plus le considérer uniquement comme une réponse à la difficulté. C’est aussi y voir la possibilité d’un nouveau départ.

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